Canoë ou Kayak ?

Comment savoir...

Revue TCF 1935
de haut en bas : kayak pliant monoplace, kayak pliant biplace, périssoire biplace, canoë biplace

 

Est-ce un canoë ou un kayak ou un aviron ? un canoë français ? une périssoire ? une pagaie ou un aviron ?

On les confond. La réponse est délicate. Ça n'est pas une question de forme de bateau ou de nombre de personnes embarquées, puisqu'il existe des canoës, des kayaks et des avirons monoplaces et multiplaces, ouverts et fermés.

 

Pour faire vite, aujourd'hui, il existe deux fédérations sportives différentes : celle du canoë-kayak et celle de l'aviron. Elles distinguent ces deux sports.

 

- 1ère ambiguïté : le monde du canoë-kayak et celui de l'aviron

Les débuts du canoë-kayak en Europe (fin XIXè siècle) ont été très liés à l'aviron ; des rameurs (aviron) de l'époque ayant été parmi les premiers canoëistes en France. Aujourd'hui, un kayakiste et un rameur sont aussi séparés que le sont un footballeur d'un rugbyman.

 

- 2ème ambiguïté : canoë ou kayak

Ces deux types de bateaux sont à la fois très semblables et différents. Dans leur histoire commune en France, ils ont évolué l'un avec l'autre, bien que certaines rivalités corporatistes les aient opposés par moment. Aujourd'hui, les pratiquants en club ne connaissent qu'une famille, celle du canoë-kayak. Ils savent distinguer ces deux embarcation et les accueillent aussi bien l'une que l'autre.

De plus, alors que la Fédération Française de Canoë-Kayak parle de "canoë-kayak" pour désigner son champ sportif, les fédérations britannique et allemande (entre autres), parlent de "canoë" et les Québécois de "canot".

Le langage courant confond logiquement les deux : ils se ressemblent, sont pratiqués au même endroit et sont utilisés par le monde du tourisme sans les différencier. De sorte que, même si on a déjà fait du canoë ou du kayak, on ne sait pas forcément si c'était l'un ou l'autre !

 

Ce qui réunit ces deux types de bateaux est l'institutionnalisation sportive (Fédération Française de Canoë-Kayak, Fédération Internationale de Canoë). Ce qui les distingue est leur forme, car ces bateaux avaient une utilité (hors de France) avant d'être objets sportifs.

 

Il en résulte une confusion évidente, selon l'époque, le pays et le milieu de pratique.

 

Commençons par distinguer l'aviron.

 

Qu'est-ce que l'aviron ?

 

Selon le pays et le monde sportif, l'aviron est un type de bateau ou un type de rame.

  • Pour le kayakiste, le bateau aviron se déplace en marche arrière, se propulse avec des rames et est assis sur un siège coulissant dans le bateau. Le sens de déplacement distingue ces deux sports : ce qui se va en arrière dépend de la fédération d'aviron, ce qui va en avant de celle de canoë-kayak. Les avironneurs ont eux des noms différents pour distinguer leurs différents types de bateaux. Pour le non connaisseur, ce sont tous des avirons.
  • Pour l'avironneur, l’aviron est l'accessoire qu'il tient dans les mains, plante dans l'eau sur l'arrière et sur lequel il tire pour se propulser. Le kayakiste parle ici de rame.
  • Pour le Québécois, "l'aviron" est ce que les Français nomment pagaie :  l'accessoire qu'il tient dans les mains, plante dans l'eau sur l'avant et sur lequel il tire pour se propulser.

 

Bref, en France pour le kayakiste, l'aviron est le bateau effilé qui avance en arrière (aviron / canoë-kayak), pour l'avironneur, la rame qui lui sert à se propulser (aviron / pagaie).

 

Espérant avoir fait la différence entre aviron et canoë-kayak ("cousins"), nous ne traitons pas du monde de la fédération d'aviron.

 

Demeure la confusion entre canoë et kayak...

Ces deux types de bateaux sont pratiqués dans les clubs de canoë-kayak. Ils sont "frères".

Pour faire vite, ils se distinguent surtout par leur pagaie (simple pour le canoë, double pour le kayak, ce qui implique qu'on ne pagaie que d'un côté à la fois en canoë et alternativement gauche/droite en kayak) et par la position dans le bateau (assis les jambes allongées pour le kayak, accroupi pour le canoë).

 

Si licencié de club discute avec un non spécialiste, il se dira plutôt "kayakiste" (même s'il est canoëiste) ; le terme "kayakiste" étant plus aisé à prononcer. Et il dira qu'il fait du "kayak" (même s'il fait du canoë), parce qu'il insiste sur la dimension athlétique de ce sport ; le terme canoë étant plus compris comme une pratique de touriste.

En revanche, s'il discute avec un autre pratiquant de club, il précisera qu'il fait du canoë ou du kayak pour que son interlocuteur saisisse la différence.

 

Qu'est-ce qu'un kayak ?

Mahuzier, Manuel de kayak, 1945
Mahuzier, Manuel de kayak, 1945

 

Pour la Fédération Française de Canoë-Kayak, le kayak est l'embarcation propulsée à la pagaie double, dans laquelle on est assis, les jambes sur l'avant (à 1, 2 ou 4 places).

 

Or, on croit souvent que le kayak est monoplace et le canoë biplace. "Le kayak c'est tout seul, le canoë c'est à deux." Ce malentendu est le plus courant. On trouve cette ambiguïté dans la littérature spécialisée : le mot kayak signifie bateau pour une personne (Mahuzier 1945, p. 5) ;  le mot Eskimo "qayaq" désigne une embarcation monoplace (Robert-Lamblin, in Musée national de la Marine 2004, p.9).  On a en effet tendance à penser qu'un kayak est un bateau à une personne. Même si ça n'est plus forcément vrai, l'histoire de ce bateau donne raison à ça.

 

Le kayak a été inventé par les Inuits pour pêcher le phoque en mer.  Il fallait donc une embarcation :

  • Petite pour une moindre prise au vent en mer. D'où la croyance qu'un kayak est toujours plus petit qu'un canoë.
  • Hermétique à l'eau pour permettre l'esquimautage en mer (technique de retournement quand le kayak a chaviré). D'où la croyance que le kayak est toujours fermé et le canoë ouvert.
  • Propulsée à la pagaie double pour faciliter la navigation en solo et assurer un meilleur équilibre. D'où la confusion quand on voit une pagaie double dans un canoë de tourisme.
  • Stable pour limiter au maximum les risques de dessalage. On est donc assis dans ces kayaks (avec les jambes vers l'avant) pour abaisser le centre de gravité. D'où la confusion quand on est assis en canoë de tourisme.

 

Et un canoë ?

Couverture Le Chasseur Français n°462, 1950
Couverture Le Chasseur Français n°462, 1950

 

Pour la Fédération Française de Canoë-Kayak, le canoë est l'embarcation propulsée à la pagaie simple, dans laquelle on est accroupi (à 1, 2 ou 4 places).

Le nombre de personnes embarquées n'est pas la différence.

 

Le canoë a été inventé par les Amérindiens pour transporter des marchandises sur lacs et rivières. "Dans un bon canoë habilement mené, on peut naviguer sans danger de Victoria à Chilcat - un voyage de mille cinq cents kilomètres qu'avant l'arrivée des Blancs les Indiens faisaient fréquemment pour commercer." écrivait Muir en 1879 (Muir, 2009).

Mais le mot canoë nous viendrait du mot Arawak (Amérindiens des Antilles) désignant une pirogue des caraïbes, par la suite traduit "canoa" par les Espagnols puis canot en Français (actuel Québécois) et canoe en Anglais (De Ravel, in Musée national de la Marine 2004, p.13).

 

Il fallait une embarcation :

  • Spacieuse pour embarquer beaucoup de marchandises. D'où la confusion entre canoës et kayaks de compétition qui ont aujourd'hui sensiblement les mêmes formes.
  • Propulsée à la pagaie simple qui offre plus de puissance en permettant de pagayer le long du bateau.

 

On entend aussi parfois canoë "français", canoë "canadien", canoë "indien", "canot".

  • Le monde de l’aviron fait une distinction entre canoë français et canadien. C'est le même bateau (gros canoë ouvert biplace) sauf que sur le premier on a fixé un banc de rame (à la manière des avirons) et qu'on fait avancer en marche arrière, au moyen de rames. Le deuxième est le même bateau, celui des clubs de canoë-kayak, avec deux sièges et qui avance. Le monde du canoë-kayak ne fait plus cette distinction. Les "anciens" peuvent encore parfois la faire.
  • De même, le canoë "indien" est l'autre précision pour canoë "canadien", celui des Indiens, celui qui va vers l'avant, en opposition au canoë français.
  • Le mot "canot", prononcé "canote" est employé au Québec pour désigner le canoë.

 

Mathéron, Le canoë canadien, 1932
Mathéron, Le canoë canadien, 1932
Constantin-Weyer, La Verendrye1941
Constantin-Weyer, La Verendrye1941

Alors, canoë ou kayak ?

 

On entend souvent :

"C'est un kayak parce qu'on est assis ; en canoë on est sur les genoux." Vrai.

"C'est un kayak parce qu'il a une pagaie double ; en canoë on a une pagaie simple." Vrai.

"Ce bateau est fermé donc c'est un kayak." Faux.

"Dans un kayak on est seul ; en canoë on est deux." Faux.

 

C'est vrai et faux à la fois ! L'illustration ci-dessous est assez juste.

 

La Vie Catholique Illustrée n° 316, 1951
l'essentiel pour s'y retrouver (La Vie Catholique Illustrée n° 316, 1951)

 

En France, depuis les débuts du canotage, on mélange les techniques de propulsion (pagaie, voile) et de positionnement (assis au fond, sur un banc, à genoux) dans les deux types de bateaux, ce qui ne facilite pas la reconnaissance du bateau en question. De plus les Anglo-saxons emploient le terme générique "canoe" et les Allemands "Kanu" pour kayak et canoë.

 

Les champs lexicaux

 

Voilà quatre références qui offrent chacune leurs définitions. Selon que l'on se place dans l'une ou dans l'autre, les mots n'ont pas les mêmes acceptions.

 

  • Fin XIXè et début XXè siècles

Les définitions ne sont pas encore établies. De Ravel (dans son avant-propos d'Hamerton 2006) explique que seul le mot "canot" était employé dans le langage courant pour tous ces bateaux alors que les snobs disaient "canoe" (à l'anglaise). Le mot "kayak" ne s'appliquait qu'aux bateaux esquimaux.

Il suffit de lire de nombreux auteurs qui nomment canoë un kayak pliant (Thielen 1948, à la manière des Anglais qui regroupent tout sous le mot "canoe") ou qui emploient les deux termes indifféremment (Rittlinger 1957) ou encore, comme les Québécois, qui nomment canot un canoë.

 

  • Pour la FFCK,

canoës et kayaks sont des embarcations propulsées à la pagaie et avançant en marche avant (ce qui les distingue des bateaux de type aviron, propulsés à l'aviron et avançant en marche arrière).

Mais il existe dans la Fédération Française d'Aviron des "canoës français", véritables bateaux d'aviron au nom de canoë !

 

  • En compétition,

on distingue un canoë à pagaie simple d'un kayak à pagaie double (photo ci-dessus). En kayak, on est assis au fond du bateau alors qu'en canoë il y a deux positions : à genoux en rivière (slalom et descente), en position "tchèque" (un genou au fond et un pied devant) en course en ligne.

En course en ligne, il y a des kayaks à 1, 2 et 4 équipiers, tout comme en canoë. Par contre en rivière, seul le canoë se pratique à 2. Pour la bonne raison qu'en kayak les pagaies doubles sont trop longues et qu'en rivière, ne pouvant adopter un rythme régulier, les pagaies se cogneraient souvent.

 


Kayaks et canoës de compétition
Kayaks et canoës de descente (compétition)

 

  • En tourisme et à l'école de pagaie,

les variantes sont nombreuses qui permettent de tester différentes options. Ainsi, on peut croiser des canoéistes assis, les jambes devant, avec des pagaies doubles ou un kayakiste avec une pagaie simple. On fait alors du "canoyak" !

Il existe aussi du canoë et du kayak à voile. Sommes-nous encore dans la fédération de ck ou dans celle de voile ?

Parfois, même pour un spécialiste, il est impossible de donner un nom au bateau, tant il est hybride ou les définitions mal établies. Comment classifier une périssoire, un Rob Roy : canoë, kayak, hybride ou genre à part entière ?

 

Il y avait aussi des...

 

Rob Roy, périssoire, pirogue de mer, kayak et canoë de slalom, de descente, de course en ligne, de kayak polo, wave ski, raft, hot dog, va'a, stand up paddle...